Si Orphée, puni, n’a plus le choix, le Un contre Un
Se métamorphose, en conséquence, en Un Contraint.
D’abord, il y a des mains qui surgissent, saisissantes, d’entre les barreaux d’une échelle posée sur la tranche, dans une quasi-obscurité. Ne dirait-on pas qu’elles se cherchent, se fuient, s’interrogent, dans une chorégraphie syncopée, millimétrée, haletante ? Puis, une musique se fait entendre, grave, envoûtante, que je crois off. Mais, soudainement, de clairs-obscurs latéraux, savamment orchestrés, naissent quatre interprètes, des cordes, dont on voit, à peine, les visages et les mains qui exécutent. Elles jouent de l’étrangement beau, une composition originale, inédite, accompagnant, voire précédant, les évolutions d’Eurydice et d’Orphée, car c’est d’eux qu’il s’agit, dans ce presque noir qui est le royaume d’Hadès, tantôt prisonniers de l’échelle, tantôt sur les barreaux, aux fins possibles d’évasion.
Ensuite, une penderie, non loin des pendrillons, fait son apparition, toujours en fond de scène (nous sommes bien dans les profondeurs chtoniennes où Ulysse descendra aussi, chez Homère, que nous visiterons également avec Dante). Les deux amoureux jouent à cache-cache avec les défroques, et cet aspect ludique est une sorte de contrepoint, d’accalmie, de repos, dans la tragédie qui se joue. Ils se poursuivent, se livrent à un corps-à-corps brutal, léger, sensuel, taquin…l’un portant l’autre sur son dos, à tour de rôle, Un pour Un et Un contre Un. Deux miroirs se faisant face, deux images, du moins, pour le moment…
Orphée, lorsqu’il remontera des Enfers où il a eu le privilège, rare, de venir voir sa belle défunte, aura-t-il la force de ne pas jeter un dernier regard à Eurydice, sa bien-aimée, sinon il la perdra à tout jamais ?
La démesure, la fameuse hubris grecque, est à l’œuvre dans ce mythe…
Pendant près d’une heure, j’ai assisté à une création sublime d’évidence, d’originale simplicité, l’intelligence et la beauté de l’art, à un jeu de lumières perspicace, à un concert de cordes prégnant, à la mesure de l’histoire (au point qu’il m’arrivait d’oublier, un temps, les comédiens, pour ne me consacrer qu’à la musique, à son interprétation, à ce quatu en or aux sonorités exquises, graves, enjouées, enlevées…)
Ce fut beau, émouvant, grandiose.
Eucharisto à la compagnie » L’Oublié(e) » et à toute l’équipe du T.C.M. pour cette offrande de toute beauté.
Eurydice des Enfers sort-elle avec Orphée ?
Orphée quitte-t-il les Enfers avec Eurydice ?
Je me demande s’il y aura un préjudice…
Je me souviens que le jeu m’a donné un indice,
Quand, chez moi, je m’endors dans les bras d’O… de Morphée…